BOLOGNE (J.)


BOLOGNE (J.)
BOLOGNE (J.)

Le sculpteur Jean Bologne signait de multiples manières; souvent il se référait à sa patrie d’origine en ajoutant la mention «Flandri» ou «Belgae». Son nom flamand véritable semble avoir été Jehan Boulongne, rendu en français par Jean Boulogne. On en fit en italien Giovanni Bologna, contracté plus tard en Giambologna.

Né à Douai, apprenti chez Jacques Dubrœucq, sculpteur flamand réputé, Bologne étudia en Flandre la technique de la sculpture avant de partir pour Rome, en 1555, où il admira les chefs-d’œuvre de la sculpture antique et ceux de la Renaissance. Sur le chemin du retour, il se rendit à Florence où il put étudier les œuvres de Michel-Ange; fort de la protection des ducs de Médicis, il acceptait de s’installer dans cette ville pour y faire carrière.

Admirateur de Michel-Ange, attentif à la sculpture hellénistique, Bologne obéit à cette double influence dans le traitement des groupes de deux ou trois figures, tels qu’en réalisait Michel-Ange autour des années 1520. Il devint l’un des plus brillants représentants de la sculpture maniériste. Son arrivée à Florence insuffla une jeunesse nouvelle à la sculpture que dominaient les œuvres de deux vieux artistes: Bandinelli et Cellini. Cependant, dix ans encore après l’arrivée de Jean Bologne, c’est un sculpteur de l’école de Michel-Ange, Ammannati, qui donnait le ton, mais, dès 1565, on vit Bologne s’imposer et, après 1570, il était devenu le sculpteur le plus célèbre d’Europe. Jean Bologne constitue le maillon qui unit dans le domaine de la sculpture Michel-Ange à Bernin.

Florence et Bologne

Une des premières commandes des Médicis fut le moulage d’une Vénus en bronze pour une fontaine de la villa de Castello laissée inachevée à la mort de Tribolo, sculpteur de la Cour. Il n’est pas impossible que Bologne se soit contenté de reproduire un modèle en bronze de Tribolo et qu’il n’ait pas inventé la composition maniériste qui allait caractériser ses figures isolées: axe en spirale, contraste entre les courbes rondes et les angles aigus. En 1560, la commande de la Fontaine de Neptune de la place de la Seigneurie à Florence est laissée vacante par la mort de Bandinelli. Un concours fut ouvert, et, bien qu’Ammannati l’ait emporté, le modèle de Bologne fut hautement vanté.

En 1563, la ville de Bologne lui commande une fontaine publique: le puissant Neptune, les figures et ornements qui abondent autour du piédestal attestent l’imagination et le sens très sûr du sculpteur. C’est peut-être de son séjour à Bologne que date la première version, aujourd’hui perdue, du Mercure , la plus célèbre de ses statues. Offerte à l’empereur Maximilien II, elle devait être identique à une version ultérieure que possède le Bargello. Certains bronzes de Pollaiuolo et de Verrocchio, le Mercure de la base du Persée et Méduse de Cellini ont inspiré la pose élégante du Mercure de Bologne; les figures, saisies dans leur vol, seront souvent imitées mais jamais surpassées.

Les grands groupes de marbre et les bronzes

La première grande œuvre réalisée par Bologne à Florence fut un groupe destiné à faire pendant à la Victoire de Michel-Ange: Florence, victorieuse de Pise .

Bologne, qui admirait la hardiesse de la sculpture hellénistique, était affronté à son tour au problème de la représentation de plusieurs personnages en action. Les sculpteurs du siècle, Michel-Ange par exemple, dans un projet pour le tombeau de Jules II, avaient tenté aussi de relever le défi que pose ce type de composition. Plusieurs modèles indiquent l’évolution du projet de Bologne (en cire, Victoria and Albert Museum, Londres; en plâtre, Accademia, Florence). La version en marbre, qui se trouve actuellement au Bargello, fut réalisée beaucoup plus tard par son assistant Francavilla. Le modèle en cire est d’une spontanéité admirable, ses proportions étirées s’harmonisant avec celles de la Victoire . Destiné à figurer dans une niche, on le voyait seulement de face, mais la composition, qui est elle aussi en spirale, préparait la voie au prochain groupe important, Samson et un Philistin , destiné à une fontaine, ce qui autorisait de nombreux angles de vision. Le sujet et la manière dont il est traité sont en liaison avec un projet de Michel-Ange pour Samson et deux Philistins, connu par une série de moulages en bronze réalisés plus tard.

Ces deux groupes offrent une caractéristique: la partie inférieure du bloc est percée d’interstices. Michel-Ange aurait désapprouvé ce traitement, par souci de préserver l’intégrité du bloc. À vaincre la difficulté technique du percement du marbre, le jeune artiste démontra sa virtuosité.

Un dessin montre que dans les niches situées sous le bassin de la fontaine devaient figurer quatre singes en bronze, et une lettre de 1567 se réfère à des oiseaux que l’artiste modelait en terre en vue de la fonte. Plusieurs de ses études d’animaux ont survécu, dont le célèbre Dindon du Bargello. Elles attestent son extraordinaire habileté à rendre la texture de la fourrure ou du plumage au moyen d’un traitement «impressionniste» des surfaces, qui contraste avec la façon méticuleuse dont sont exécutés les animaux de Cellini. Ce genre d’œuvre était très prisé pour la décoration des grottes rustiques.

Entre 1570 et 1575, on demanda à Bologne un ensemble: trois dieux-fleuves et une figure de l’Océan, pour décorer une fontaine située aujourd’hui dans les jardins Boboli. Parmi les œuvres dont la composition s’organise autour d’un axe en spirale, on retiendra l’Astronomie de Vienne qui est la transposition de l’Apollon à un corps féminin: la figure présente une alliance subtile de formes angulaires et de courbes.

Bologne atteint l’apogée de sa carrière de sculpteur sur marbre avec son groupe fameux: L’Enlèvement des Sabines (1575-1580). Ses toutes premières idées sur ce thème semblent être exprimées dans un groupe en bronze de deux personnages seulement; des modèles en cire groupant trois figures (Victoria and Albert Museum, Londres) indiquent les recherches de l’artiste: positions différentes des personnages ou insertion d’une figure supplémentaire. Des témoignages littéraires nous apprennent que Bologne était indifférent au sujet et considérait le groupe comme un exercice de composition et d’habileté technique.

Les œuvres religieuses

Les débuts de Bologne comme artiste religieux semblent avoir leur origine dans la Contre-Réforme. Son premier ouvrage dans ce domaine est un Christ ressuscité en marbre (1579). Le corps athlétique et gracieux du Christ rappelle le Mercure et un Bacchus en bronze de l’artiste à ses débuts. Une série de figures et de panneaux en bronze destinés à décorer une chapelle de la famille Grimaldi à Gênes affrontèrent l’artiste au problème du bas-relief narratif. Il n’avait jusque-là exécuté qu’un seul ouvrage de ce type, une Naissance de Cybèle en argent (Kunsthistorisches Museum, Vienne). Bologne créa un style très personnel, inspiré probablement d’œuvres flamandes et italiennes. Il utilise les données architecturales pour créer un espace; les figures forment des groupes distincts reliés aux éléments d’architecture: le récit y est ainsi clairement exposé, mais le sens du drame n’en est pas absent. Une autre série de bas-reliefs en bronze fut exécutée pour la chapelle Saint-Antonin à San Marco de Florence, chapelle dont il fut en outre l’architecte. Un grand nombre de petits bronzes du Christ en Croix ou à la Colonne attestent la faveur dont jouissait le sculpteur.

La sculpture profane

Les dernières grandes commandes reçues par Bologne furent une statue équestre de Cosme Ier et un groupe colossal en marbre, Hercule et le Centaure (1595-1600). Le Cosme Ier se situera dans la lignée des œuvres de Donatello et de Verrocchio et remettra en vogue les statues équestres; les souverains de France et d’Espagne en passeront des commandes, exécutées bien après la mort du sculpteur par Antonio Susini et Pietro Tacca, ses disciples. La demande d’œuvres dans le style de Bologne, que ses nombreux disciples avaient diffusé dans toute l’Europe, et dont la vogue avait aussi été provoquée par la dissémination des petits bronzes de l’atelier de Florence, ne cessera qu’à l’avènement du baroque de Bernin.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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